07 4 / 2012

Matin de Pâques

Assez, dit Dieu !
Assez de la nuit.
Assez des sources taries.
Assez des sacrifices.
Assez de la souffrance et de la mort.
Un jour nouveau se lève
Avec la pierre roulée du tombeau.
Christ n’est plus là où on l’avait mis.
Christ arrache le jaillissement à la source desséchée.
Christ arrache le pardon au péché.
Christ arrache l’espérance à la souffrance.
Christ arrache la vie à la mort
Et nous les donne en gerbe de joie
Pour tous les matins du monde.
Assez, dit Dieu,
Une bonne fois pour toutes,
Assez de mort,
Voici la victoire, voici la vie, en surabondance.
Christ est ressuscité, il est vraiment ressuscité, Alléluia !

05 12 / 2011

3° courte méditation pour le temps de l’Avent…

Récit du jour au jour

Pas de paroles dans ce récit,

pas de voix qui s’entende, 

un scintillement de neige contre l’oreille d’un berger,

un souvenir,

une nostalgie à demi dégrafée adossée à la porte d’une grange,

les mains crispées des parturientes,

et le souffle des bêtes, des hommes, des femmes, de Dieu,

les souffles mêlés dans un récit de paille,

de tendresse,

de silence.

Françoise Nimal

05 12 / 2011

"Tu construis solidement la paix, Seigneur, pour ceux qui ont confiance en toi."

05 12 / 2011

2° courte méditation pour le temps de l’Avent…

Tu construis solidement la paix, Seigneur, pour ceux qui ont confiance en toi. (Esaïe 26,3)

Tu construis solidement la paix, Seigneur, pour ceux qui ont confiance en toi.

Et quand troublés nous errons au bord de nos blessures,

quand nos murs s’effondrent,

quand nous nous souvenons du mal qu’on nous a fait,

et que rien ne se dit plus de nous

que la douleur d’avoir été blessés,

tu es là,

dans un murmure,

petite voix de la vie à côté des petites voix de la mort.

Nous qui ne savons comment faire la paix,

nous qui avons été rendus incapables,

et ne savons même plus, parfois, comment demander,

avec nos mains pleines d’écorchures,

nous pourrions nous tenir devant toi,

avec confiance,

et dire:

la paix, mon Seigneur me la donnera.

Tu construis solidement la paix, Seigneur, pour ceux qui ont confiance en toi.

Françoise Nimal

05 12 / 2011

1° courte méditation pour le temps de l’Avent…

Attendre plus loin

quand on voudrait être vengés

par des messies guerriers

Attendre plus loin

pour rejoindre l’attente intime

la fébrile et fragile

attente d’un simple réconfort

d’une parole rassurante

d’un geste qui dise au mieux la part nue de nos vies

Attendre plus loin

attendre au juste et au petit

à l’infime

à l’essentiel

à la racine

au cœur

au nœud

de la paix

Tendre au tout autre et attendre au tout tendre.

Françoise Nimal

15 11 / 2011

Tous transformés

“Tous, nous serons transformés par la victoire de Notre Seigneur Jésus Christ”, 1 Corinthiens 15, 57 Vivante et turbulente communauté de Corinthe !

Une église fondée par l’apôtre Paul pleine de potentiel, riche en personnes aux talents divers… mais une église qui connaissait également les conflits et les divisions car il arrivait souvent que chacun pense avoir mieux compris que les autres en quoi consistait la foi en Jésus-Christ. La communauté de Corinthe reste donc riche d’enseignements pour nous aujourd’hui… A Corinthe, certains niaient la résurrection des morts. Soit parce qu’ils estimaient que la création nouvelle était déjà pleinement réalité, soit parce qu’ils préféraient la théorie de l’immortalité de l’âme issue de la philosophie grecque. Le chapitre 15 de l’épître aux Corinthiens est une réponse et un condensé de la pensée de l’apôtre Paul à propos de la résurrection. La résurrection n’est pas de l’ordre du savoir mais bien du croire. L’apôtre Paul parle d’un « mystère » : nous ne pouvons connaître le dessein de Dieu. N’écoutons pas notre imagination trop fertile qui se plaît parfois à imaginer un guide touristique de l’après-mort ! Confesser la résurrection c’est prendre au sérieux la rupture radicale qu’est la mort et poser l’espérance du renouvellement, de la recréation de notre être tout entier. Paul commence par évoquer le Royaume de Dieu. Mais à quoi sert ce symbole ? A nous faire peur, à nous rassurer, à nous décrire ce qui se passe de l’autre côté, après la mort ? Rien de tout cela ! Ce qu’il y a de passionnant dans l’interrogation des premiers chrétiens sur la fin des temps c’est qu’elle a pour objectif de valoriser la vie présente. Parler et méditer sur le Royaume c’est voir en quoi ce symbole a un véritable pouvoir de transformation sur notre manière de vivre et sur notre rapport réel au monde. Ni « fuite en avant », ni « opium du peuple », le Royaume nous invite à nous engager ici et maintenant au service de Dieu et de notre prochain ; il donne saveur, consistance et orientation à toutes nos actions. La venue du Royaume et l’espérance de la résurrection témoignent que « notre vie sur cette terre est conviée et confiée à un amour qui ne doit pas mourir et à une communion durable, nous rendant aptes à ne pas céder aux puissances destructrices et séparatrices de la haine et de l’oubli »1 écrit le théologien Denis Müller. Aux enthousiastes de Corinthe qui niaient le pouvoir de la mort, Paul rappelle que celui-ci s’exerce dans le présent sous la forme du péché, mais il nous invite à être confiant : si le Christ est ressuscité, comme le proclame la conviction centrale de la foi chrétienne, nous le serons également. Cette promesse nous engage à être « fermes, inébranlables et à progresser toujours dans l’œuvre du Seigneur ». Confesser la résurrection n’est pas plus facile aujourd’hui que du temps des premiers chrétiens. Mais, à l’écoute de Paul, nous percevons combien l’enjeu se déplace de la satisfaction d’une curiosité naturelle, quoi que bien vaine, pour « l’après mort » vers une transfiguration de « l’avant » : forts de cette promesse que la « mort est engloutie dans la victoire » serons-nous capables de « doter nos actions présentes d’une énergie d’amour et de changement » ? Si je crois en la résurrection, comment mettre en œuvre cette conviction dans mes attitudes et particulièrement dans mes attitudes vis-à-vis des autres chrétiens ? Comment puis-je réveiller ma disponibilité, mon ouverture à l’autre et à sa différence ? Comment puis-je être signe d’unité et non de division ?

Pasteure Laurence Flachon

*

14 11 / 2011

Temple de l’Eglise Protestante de Bruxelles

Temple de l’Eglise Protestante de Bruxelles

14 11 / 2011

Qu’est-ce que l’Eglise ?

On peut lire le livre des Actes au chapitre 2, verset 42.

Ami lecteur ou lectrice, si vous fermiez les yeux un instant et tentiez de répondre à la question suivante : « qu’est-ce que l’Eglise ? », quelle image vous viendrait-elle à l’esprit ? Celle d’un bateau, où tous les membres d’équipage, solidaires, affrontent les tempêtes des déchirements et des crises comme les calmes plats des pratiques rituelles vidées de signification ? Celle d’un clocher rythmant les grands évènements de nos existences mais souvent oublié dans nos quotidiens encombrés ? Ou bien celle d’une chorale constituée de personnes différentes, uniques mais tentant, ensemble, chacune avec leur propre talent, de faire jaillir l’harmonie ? Et s’il fallait choisir un animal ? Une colombe, un aigle ? Un éléphant ? (certes lourd, mais fort, stable, et vivant longtemps….)

Imaginez l’Eglise, rêvez l’Eglise… est un exercice qui nous invite à voir plus loin que la réalité vécue, celle qui, parfois nous déstabilise ou nous décourage. Un exercice qui nous incite à désirer, à espérer, à définir ce qui nous semble essentiel… et à le mettre en œuvre pour que l’Eglise soit l’Eglise.

La Bible nous offre des images belles et variées pour évoquer l’Eglise.
On y parle de l’Eglise comme d’une maison, un lieu spacieux, où chacun peut se réfugier, y trouver une place, s’y sentir bien. Un lieu de paix à la fois protecteur et ouvert sur l’extérieur.
L’Eglise est également comparée à une vigne : dans l’évangile de Jean, elle se définit par l’attachement de chacun de ses membres au Christ, comme les sarments sont attachés au cep. L’Eglise, se fait ici discrète, humble, infiniment précieuse dans sa simplicité et dans sa vocation à grandir. 

Enfin, l’image du corps est souvent utilisée par l’apôtre Paul pour évoquer l’Eglise. Elle permet de dire la diversité et la complémentarité de tous les membres. Comme les différentes parties de notre corps, chaque personne est reconnue dans sa singularité, elle a une place que nul ne peut lui ravir et contribue, avec le talent qui est le sien, au dynamisme de l’ensemble. Car le corps, comme l’Eglise, n’est pas fait pour demeurer immobile !
Qu’est-ce que l’Eglise ?

Les définitions les plus simples sont souvent les meilleures. Les premières communautés chrétiennes ont été confrontées à cette question ainsi qu’en témoigne le texte du livre des Actes 2, 42. Quatre caractéristiques essentielles sont évoquées : l’enseignement des apôtres, la communion fraternelle, le partage du pain et la prière. 
Qu’avons-nous fait de cette définition ? Qu’en faisons-nous aujourd’hui ? Dans nos réalités et nos pratiques ecclésiales contemporaines, cette définition est-elle de l’ordre de l’histoire, de l’actualité ou de la « piqure de rappel » ?

Elle a le mérite de nous rappeler que l’enseignement est prioritaire dans l’Eglise. L’Eglise, créée par la Parole (Jean 1), commence toujours par des paroles. L’Eglise est un lieu essentiel de l’interprétation et de l’actualisation du texte biblique.
La communion fraternelle évoque ensuite un partage concret : que ce soit à travers l’entraide ou la collecte, l’Eglise est un lieu de solidarité.

La troisième « caractéristique » de l’Eglise se joue dans la « fraction du pain ». Belle expression, en-deçà de nos divergences d’interprétations de l’eucharistie/Sainte Cène, et qui a le mérite de rendre à ce moment son aspect quotidien et familier : l’Eglise, à l’image de la famille, est aussi ce lieu où l’on prend un repas ensemble dans la joie, la convivialité et la reconnaissance.

Enfin, « les » prières. Car il y a bien des manières de prier : seul ou ensemble, avec les mots les plus simples ou les plus élaborés, mais toujours avec cette disponibilité du cœur qui nous fait prendre un temps à part, pour Dieu, dans nos vies.

Pasteure Laurence Flachon

14 11 / 2011

Apaisement et unité

« Pourquoi êtes-vous peureux ? N’avez-vous pas encore de foi ? »
Pour trouver le contexte de ces paroles de Jésus qui s’adresse à ses disciples alors qu’ils sont au cœur d’une tempête on peut lire l’évangile de Marc au chapitre 4 les versets 35-41.

Étrange traversée. Curieux chemin que celui de suivre Jésus.
Chemin de confiance accordée, chemin donc difficile à déployer.
Qui est-il donc, celui-ci, que même le vent et la mer lui obéissent ?
Qui est-il ?
Dans mes endormissements et dans mes craintes
Qui est-il ?
Au creux de mes journées lumineuses ou tempétueuses,
Sera-t-il celui par qui je me laisse apaiser?
Car la foi porte un autre nom : la confiance.
Confiance en ce Dieu qui vient à nous sans s’imposer,
Confiance malgré Sa discrétion qui ressemble parfois à l’absence,
Confiance… car Il pose sur nous sa bénédiction et nous revêt d’une dignité inaliénable

Et parfois, la tempête, ce ne sont pas les évènements extérieurs qui nous malmènent mais bien le chaos intérieur qui nous bouleverse profondément…
A l’image de cet homme qui erre nu dans les cimetières, banni par la société tant son comportement étrange dérange.
On peut lire le récit de sa rencontre avec Jésus dans l’évangile de Marc au chapitre 5, les versets 1-10
Jésus arrive au pays des Gérésaniens. « Guérazza » signifie « être coupé, retranché ». Guérazza, un lieu d’aridité, un lieu clos, coupé des autres et de Dieu.
Un homme est « possédé ». Il lui est impossible de trouver son identité. C’est là sa souffrance. Il s’appelle « Légion » parce qu’il est beaucoup. Un homme conscient du chaos en lui, des ruptures qui l’habitent. Il est divisé contre lui-même et cette maladie l’entraîne, spirituellement, vers la mort.

Étrange rencontre que celle de cet homme et de Jésus.
Qui est Jésus ?
Celui qui se moque bien des frontières sociales ou religieuses.
Celui qui, face à la souffrance qui se transforme parfois en rage tant elle est intense, demeure sur place et y fait face.
Voir la souffrance et écouter la souffrance…
Savons-nous soutenir la vue du visage concret d’une personne qui souffre ?

Qui est Jésus ?
Celui qui pratique la compassion.
Cette expérience qui nous fait sentir ou souffrir avec l’autre et non à sa place.
Cette expérience qui nous oblige à regarder en face et vivre parfois notre propre impuissance vis-à-vis de la souffrance.
Comment faire en sorte que la compassion ne soit pas étouffée par l’indifférence, le refoulement, l’habitude ou la peur ?
Qui est Jésus ?
Celui qui continue de voir derrière la souffrance et l’enfermement intérieur … la PERSONNE, créé à l’image de Dieu.
Celui qui guérit, non de manière magique, mais par « l’art et le labeur de la rencontre et du dialogue » comme le dit si bien Luciano Manicardi.

Derrière la souffrance, au-delà de la souffrance, il y a toujours une personne. Ne réduisons pas l’autre à sa souffrance, n’en faisons pas un « objet » de soin. A travers l’accueil, l’écoute, la compassion c’est la reconnaissance de l’autre en tant que personne libre, digne et aimée de Dieu qui se joue.

Pasteure Laurence Flachon

14 11 / 2011

Reposez-vous un peu

« Venez à l’écart, dans un lieu désert, et reposez-vous un peu » 
(Évangile de Marc, chapitre 6, verset 31) On peut lire les versets 30 à 34 pour découvrir le contexte de cette phrase.

Bien sûr, les vacances arrivent pour la plupart d’entre nous. A l’image des compagnons de Jésus qui ont transmis son enseignement dans toutes les villes où ils sont passés, nous sommes fatigués. 

Comme eux, dans notre contexte professionnel ou familial, nous avons voulu faire le maximum. Comme eux, nous avons couru, nous nous sommes agités, nous n’avons pas même pris le temps de manger parfois pour servir des objectifs et des causes. 
Comme aux disciples hier, Jésus nous adresse cette parole aujourd’hui : « Venez à l’écart, dans un lieu désert, et reposez-vous un peu ». Oui, prenez de la distance, prenez un temps de solitude avec vous-même, sachez vous couper, même brièvement, des sollicitations extérieures pour vous retrouver, pour vous reposer.
Savons-nous prendre ces temps de repos-là ?

J’ai parfois le sentiment que la vie nous disperse, nous fractionne en milliers de petites et grandes obligations. Elles nous occupent, elles nous remplissent.
Pourquoi pas un peu de vide, un peu d’espace pour se retrouver face à soi-même ?
Pourquoi pas un peu de vide, un peu d’espace pour se retrouver face à Dieu ?
Partons à la recherche de ce temps nécessaire pour nous recentrer sur nous-mêmes ; pour ressentir à nouveau ce qui nous fait vivre, ce qui nous nourrit, ce qui nous redonne du souffle.

Temps essentiel où nous reprenons des forces pour, ensuite, retourner vers les autres. Et parvenir à être réellement disponible et présent pour eux.
Car il y a dans nos relations différentes qualités d’attention à l’autre. 
Il faut imaginer les disciples enthousiastes voulant raconter à Jésus ce qu’ils ont vécu. Jésus écoute, il reconnaît leur travail. 

Mais il entend aussi ce qui ne se dit pas. La fatigue voir l’épuisement de ces hommes qui ont parcouru les routes soucieux de porter son message. 
C’est à la personne tout entière que Jésus accorde son attention. 
Chacun, chacune de nous avec ses élans, ses forces, ses enthousiasmes, mais aussi ses faiblesses et ses limites.

Tentons de porter ce regard bienveillant et lucide sur nous-mêmes et sur les autres.
Tentons de considérer nos limites non comme des restrictions toujours à repousser mais comme des garde-fous qui nous permettent de sauvegarder l’espace et le temps dont nous avons besoin pour nous retrouver disponible à nous-mêmes, aux autres et à Dieu.
Cet été, cette année et plus tard… reposez-vous un peu.

Laurence Flachon


Pour poursuivre cette réflexion, quelques mots extraits de la règle des diaconesses de Reuilly une communauté protestante fondée en 1841 par Caroline Malvesin et le Pasteur A. Vermeil. Elle rassemble des femmes issues de différentes familles du protestantisme pour une vie de type monastique avec un double engagement : social et spirituel.

« Ordonne ta vie à la paix qui ne retient pas les torts et continue d’aimer quand l’amour est assombri.
Ordonne ta vie à la rencontre de Dieu qui t’attend au cœur des évènements afin que tu ne restes pas seul.
Ordonne ta vie au sérieux et à l’honneur de vivre.
Ordonne –la aussi à la gratuité des heures, aux bonheurs que l’on reçoit et que l’on offre.
Ordonnes ta vie, donne-lui un rythme, l’alternance des jours et des nuits, des repos et des peines.
Ordonne ta vie à l’émerveillement. Tu as toute la terre, tout le ciel, tout l’univers pour exercer tes pas, pour ouvrir tes yeux et célébrer ta louange.
Apprends à travailler dans le calme et la paix –autant que le permettent les situations.
Ordonne ta vie et donne-lui les vraies priorités.
Discerne-les dans le silence et la prière.
Que la bienveillance et l’espérance t’accompagnent !
Alors un chant de paix montera de toi, envahira les lieux où tu demeures et ouvrira des visages à l’espérance pour demain. »